La plus importante question de politique étrangère du Royaume-Uni

Tous les Français qui habitaient au Royaume-Uni se souviennent précisément où ils étaient le 24 juin 2016 au petit matin quand le résultat final du référendum est tombé. Au moment de ce bien triste anniversaire – il y a 10 ans, le Royaume-Uni votait pour quitter l’Union Européenne – quelques réflexions sur l’état de ce beau pays une décennie après cette décision historique.

Les fondamentaux – 52 | 48

Le 23 juin 2016, les Britanniques répondent à la question posée par référendum : « Le Royaume-Uni devrait-il rester membre de l’Union Européenne ou quitter l’Union Européenne ? ». 51.89% des électeurs cochent la case « Quitter l’Union européenne ». Notoirement, l’abstention frôle les 28%, ce qui n’explique qu’en partie le résultat (une participation électorale traditionnellement plus basse au Royaume-Uni qu’en France aux élections nationales a d’autres ressorts, c’est un sujet pour un autre billet).

Le divorce intervient officiellement le 31 janvier 2020, date à laquelle le pays quitte les institutions politiques de l’Union. Ce séisme historique met fin à 47 ans d’histoire commune et plus de 43 mois d’une tempête politique, constitutionnelle et sociétale d’une rare violence. Une période de transition de 11 mois s’ouvre alors. L’Accord de Commerce et de Coopération (Trade & Cooperation Agreement, ou TCA en anglais) est signé le 30 décembre 2020. Il prend effet le 1er janvier 2021, en pleine pandémie de Covid 19.

5 ans plus tard, et comme je l’avais écrit à l’époque, le Royaume-Uni découvre le destin solitaire d’une petite île ventée et pluvieuse dans le Nord-est atlantique dans un XXIème siècle *agité* : c’est très précaire.

Est-on déjà passé de Take Back Control à rejoindre l’Union Européenne ?

Depuis le vote du 23 juin 2016, énormément d’eau a coulé sous les ponts de la géopolitique mondiale, pêlemêle :

  • Deux élections de Donald Trump (la première en novembre 2016, moins de 6 mois après le référendum, confirmant une vague populiste qui n’a fait que s’amplifier depuis) et son cortège de déstabilisations tous azimuts.
  • Pandémie de Covid 19.
  • Guerre d’agression russe en Ukraine.
  • Climat politique en France et au Royaume-Uni très volatile.

Sans parler de phénomènes de fonds, comme l’essor exponentiel de l’intelligence artificielle dont personne ne parlait en 2016. De la Chine qui est maintenant très bien réveillée. Ou encore des manifestations concrètes d’un réchauffement climatique que le monde politique dans sa majorité feint d’ignorer, alors que sa brûlante évidence nous assaille quotidiennement. Tous ces phénomènes, conjoncturels ou systémiques, bouleversent nos sociétés occidentales pour toujours. Sur cette toile de fonds très compliquée, le Brexit est venu ajouter une forte dose d’instabilité et de désordre dont nous aurions pu nous passer.

Les électeurs britanniques réalisent maintenant que la promesse de Take Back Control des promoteurs du Brexit n’était qu’une cruelle chimère. Avec suffisamment de recul, il est maintenant établi que le Brexit a ‘coûté’ entre 6-8% de PIB au pays – Brexit’s impact on the UK economy.

Si le vote avait lieu demain matin, et en faisant abstraction des 10 dernières années, nul doute que le camp du Remain l’emporterait : une majorité confortable (plus de 55%) pense maintenant que le pays a eu tort de quitter l’UE – Statista | Brexit-opinion-poll, et les Britanniques sont favorables à rejoindre l’UE sur le long terme – Public backs a 10-year national plan to join the European Union. Dommage qu’il ait fallu ce traumatisme pour que les Britanniques réalisent l’énorme supercherie que les marchands de rêve, pour ne pas dire menteurs, du camp Leave leurs ont vendue.

Cette photographie de l’opinion en juin 2026 cache toutefois une réalité plus complexe. Un rapport récent du groupe de réflexion Best for Britain dépeint le panorama d’une opinion majoritairement pro-européenne. Is it time to talk about EU membership? Le rapport montre des nuances importantes en fonction des allégeances politiques, de l’âge, la géographie, la classe sociale, etc. Il se penche également vers la question d’un rapprochement avec l’UE. Les opinions des électeurs dépendent très largement de ce que chacun entend par ‘relations plus étroites avec l’UE’. Et LA question, style « elephant in the room » : quid de re-joindre l’UE ? Les opinions se polarisent à nouveau, mais avec une majorité de 53% (combinant les plutôt et fortement favorables), contre ‘seulement’ 32% qui y sont plutôt et fortement opposés. Les ‘sans avis’ ne se montent qu’à 14%.

Même si elle va dans le bon sens, le rapport conclut que la politique du gouvernement de Sir Keir Starmer – rapprochement progressif sur des sujets spécifiques, sans réadhésion générique – ressort du ‘trop peu, trop lentement’. La classe politique semble encore paralysée par le traumatisme du référendum – l’Europe et le Brexit étaient absent des débats pendant la campagne législative de 2024, selon le principe qu’il n’y avait que des coups à prendre et rien à gagner à parler d’Europe. Le Parti Travailliste en particulier, dont 80% des députés était pro-européen en 2016, alors qu’une majorité de ses électeurs a voté Leave. Ce n’est que depuis quelques mois que le gouvernement plaide ouvertement en faveur de la fluidification des rapports avec nos voisins et principaux partenaires commerciaux, comme l’une des clefs pour libérer la croissance et la prospérité. Mais la ‘politique des petits pas’ vers nos voisins continentaux entraîne des négociations bien plus compliquées et chronophages qu’anticipées, sans impact concret sur la croissance. En toile de fonds, un gouvernement, son Premier ministre en tête, qui bat des records d’impopularité, moins de deux ans après avoir conquis le pouvoir et disposant d’une majorité écrasante à la Chambre des Communes (élections législatives de juillet 2024 : meilleur résultat depuis 2001 et troisième plus importante majorité travailliste de toute l’histoire du Labour, parti né en 1900).

La conclusion de Best for Britain : il faut dès à présent lancer le mouvement pour rejoindre l’UE. Le raisonnement peut se résumer ainsi :

  • L’approche prudente actuelle ne produit pas assez vite les effets escomptés sur la croissance.
  • L’extrême droite populiste et anti-européenne se refait une jeunesse sur le dos d’un gouvernement maladroit et impopulaire – de toute façon, les eurosceptiques ne seront jamais satisfaits d’une politique pro-européenne, qu’elle soit prudente ou audacieuse. Quitte à les braquer, autant que cela vaille la peine.
  • Une ‘opposition de gauche’ (les Greens) prend des voix aux Travaillistes.
  • Le centre droit pro-européen – aile droite du Labour et Libéraux-Démocrates – pousse pour un rapprochement avec The Continent beaucoup plus prononcé, mais en mode ‘petit bras’.
  • Conclusion : l’approche actuelle ne satisfait personne et ne donne pas de résultats concrets. Le ‘dividende de croissance’ que représenterait l’appartenance à l’UE vaut largement le risque politique.

Des finances publiques exsangues, des infrastructures au bout du rouleau – et un changement de Premier ministre

Le Parti Travailliste avait placé la croissance au centre de sa campagne pour les élections de juillet 2024. Il s’agissait de sortir le pays du gouffre budgétaire héritée de près de 15 ans d’administration conservatrice, tout en adressant les maux plus profonds d’un pays qui semble avoir une incapacité quasi-systémique à investir sur le long terme depuis des décennies, tous partis politiques confondus. Depuis leur arrivée au pouvoir, les Travaillistes ont constaté que le trou budgétaire annoncé était encore plus important qu’initialement envisagé. Malheureusement, ils semblent incapables de projeter l’image d’un gouvernement qui maîtrise la situation, même si des progrès sont incontestables. Sir Keir Starmer polarise ainsi le mécontentement sur sa personne : moins de deux ans après son triomphe électoral, un famélique 13% d’opinion favorables fait face à un colossal 79% d’opinions défavorables, focalisées sur la personne même du Premier ministre. Derniers épisodes d’une descente aux enfers d’un des dirigeants britanniques les plus impopulaires de tous les temps, ou ‘chronique d’une démission annoncée’ :

  • 11 juin 2026 – Démission du Ministre de la Défense John Heyley et du Secrétaire d’Etat aux Armées Al Carns. Pourtant réputé proche de Sir Keir Starmer, John Heyley refuse de cautionner un budget de son ministère qui a succombé aux arbitrages du Trésor. Sa lettre de démission adressée au Premier ministre pointe du doigt une certaine contradiction : d’une part une rhétorique volontariste ‘coup de menton’ du gouvernement en faveur d’une augmentation significative des budgets militaire, pour pallier la disparition programmée du parapluie sécuritaire américain et faire face à la résurgence de la menace russe ; d’autre part, la timidité des engagements budgétaires concrets, les dépenses réelles étant repoussées aux calendes grecques (ou « jam tomorrow » comme l’on dit ici). Le ministre démissionnaire dénonce aussi l’incapacitée de Sir Keir Starmer à faire des arbitrages forts, un trait de caractère du chef du gouvernement que John Heyley n’est pas le seul à pointer du doigt.
  • 18 juin 2026 – Victoire magistrale d’Andy Burnham à l’élection partielle de Makerfield, à quelques encablures de Manchester, grande métropole du nord dont il était le très populaire maire depuis 2017. ‘Andy’, figure de l’aile modérée du Labour est plus charismatique que le méthodique et sérieux ‘Keir’. Il a maintenant le loisir de devenir chef du parti et donc Premier ministre, l’actuel occupant de 10 Downing Street venant de jeter l’éponge. Paradoxe d’un système politique pourtant reconnu comme profondément démocratique : cette victoire électorale dans une législative partielle avec quelque 80 000 électeurs et une participation de moins de 60%, ouvre au nouveau député de Makerfield la porte du 10 Downing Street.

Il s’agira de notre sixième ou septième Premier ministre en une décennie (selon la date du passage de témoin, pré ou post 13 juillet, date de démission de David Cameron en 2016). A comparer aux quatre chefs de gouvernement des trois décennies 1979-2010. Le déclencheur de ce nouveau bouleversement à la tête de l’Etat a été le bilan d’élections municipales catastrophiques pour le parti de gouvernement au scrutin du 7 mai 2026. Le nombre d’autorités locales contrôlées par Labour passe de 66 à 28, avec une perte nette de Counsellors de plus de 58% (de 2 566 à 1 068) tandis que Reform UK, le parti anti-européen de Nigel Farage, conquiert 14 autorités locales, étant parti de… zéro. Leur nombre de Counsellors passe de 2 à 1 454 ! L’inquiétude des députés travaillistes devant l’impopularité grandissante du gouvernement, combinée à la montée semble-t-il irrésistible de Reform UK dans les sondages, s’est transformée en panique. Le Ministre de la Santé et de l’Aide Sociale Wes Streeting, qui n’a jamais caché ses ambitions, démissionne le 14 mai 2026, une semaine après ces élections désastreuses. Il a depuis déclaré son intention de défier son chef de parti pour la direction du Labour, donc pour devenir Premier ministre. Andy Burham le rejoint alors sur la liste des prétendants. Fort d’un très beau score dans cette partielle – majorité de 55% contre 35% pour le candidat de Reform UK – il part archi-favori. Dans une circonscription qui a voté massivement en faveur du Brexit et qui est un terreau naturel pour le parti de Nigel Farage, Andy Burnham fait figure d’homme providentiel pour les députés travaillistes.

  • 22 juin 2026 – Démission de Sir Keir Starmer, moins de deux ans après avoir conquis le pouvoir avec une victoire électorale historique pour le Parti Travailliste (juillet 2024). Dans une séquence bien chorégraphiée, Andy Burnham prête serment comme nouveau député le même jour. La réception enthousiaste des députés Labour en dit long sur les espoirs qu’ils placent en ‘Andy’. Wes Streeting ne s’y est pas trompé : il a tout de suite annoncé qu’il renonçait à sa candidature pour remplacer Sir Keir Starmer à la tête du Parti. La voix est ouverte pour un couronnement sans conteste, même si les règles internes du parti prévoient que tout député qui a suffisamment de support parmi les autres élus peut se présenter.

Une analyse de l’administration de Sir Keir Starmer est pour un autre billet. Deux observations à chaud :

  • sentiment d’énorme gâchis : un gouvernement avec une telle majorité aurait pu faire de grandes choses, et le pays a besoin de réformes de fonds
  • s’il fallait résumer Sir Keir Starmer en une formule, on pourrait dire « An innocent dull good man » ; un Premier ministre que la politique n’intéressait pas vraiment ; un gestionnaire sans vision (je suis reconnaissant au journaliste et auteur Ian Dunt pour sa pertinente analyse à chaud The tragedy of Keir Starmer – by Ian Dunt – sa chronique Striking 13 offre par ailleurs une excellente analyse de la vie politique britannique).

Conclusion

Quelques observations sur le parallélisme étonnant des paysages politiques français et britanniques en guise d’épitaphe de cette fin de folle décennie – recomposition en s’émiettant « façon puzzle » aurait dit Michel Audiard.

  • Les grands partis dits de gouvernement sont en perte de vitesse, pour ne pas dire en perdition.

Les scores lilliputiens de ces partis aux élections présidentielles françaises de 2022, à droite comme à gauche, en sont des témoins éloquents. Ici, la déroute électorale des Tories en 2024 – 23,7% des votes, passant de 361 sièges à 121 – fût la pire de toute l’histoire du Parti. En 2019, ils avaient conquis la Chambre des Communes avec 43,6% des votes, leur donnant une majorité de 80 députés. Il fallait remonter à plus de 35 ans (1983) pour trouver une meilleure performance électorale : Margaret Thatcher, auréolée de SA victoire dans la guerre des Malouines. Dans la foulée de 2019, on parlait sans ciller d’un deuxième, voire d’un troisième mandat de Boris Johnson. Or la menace de la disparition complète du paysage politique des Tories est maintenant bien réelle.

Quant au Labour, il tente de faire barrage à Reform UK en mettant la barre fermement à droite : politique migratoire que les Tories pourraient revendiquer ; libertés publiques battues en brèche. Cela ne fonctionne pas, les électeurs de Reform UK préférant évidemment l’original à un ersatz. Les Travaillistes perdent aussi des voix sur leur gauche, les Greens étant perçus par la gauche du Labour comme plus authentiquement travaillistes.

  • Apparition d’extrêmes à droite. En France, le Rassemblement National a vu apparaître un concurrent sur sa droite, Reconquête. Ici, Reform UK a aussi un concurrent sur sa droite, Restore. Plus rassurant est le mouvement des intentions de vote depuis l’automne 2025 : un tassement du parti dans les sondages, allié à trois défaites / déroutes successives dans des élections partielles : battus successivement par Plaid Cymru (les autonomistes gallois) ; les Greens ; et le Labour d’Andy Burham le 18 juin. Ces élections sont importantes par leur qualité de baromètre électoral : il s’agit de circonscriptions que Reform UK doit gagner si Nigel Farage veut entrer au 10 Downing Street. Il s’avère que ce qui a fait la force de Reform UK – Nigel Farage, pinte de bière et cigarette en main, devant le Union Flag, fustigeant ‘les élites’ (dont il fait partie) – semble bien être aussi sa plus grande faiblesse.
  • Et à gauche ? Les Britanniques n’ont pas de Jean-Luc Melanchon.  Même si Jeremy Corbyn partage beaucoup de terrain politique avec lui, il n’a pas ni la structure politique, ni la présence médiatique du tribun de gauche français.
  • Les Greens représentent la seule opposition à gauche du Labour. Outre leur projet politique naturel ‘vert’, leurs propositions vont au-delà de la sphère écologique, avec un projet de société marqué beaucoup plus à gauche que le Parti Travailliste actuel.
  • On mentionnera juste pour mémoire les centristes Libéraux-Démocrates (LibDem). Ils sont aux abonnés absents, pas seulement sur l’Europe, alors que c’est le parti le plus ouvertement pro-européen, et malgré une performance électorale exceptionnelle en 2024 – de 11 à 72 députés.

Après une décennie de solitude, les Britanniques sont-ils prêts à re-joindre l’UE ? Il aura fallu le séisme de Brexit pour que nous réalisions que notre destin sera européen ou il ne sera pas. Le public semblerait plus en avance que la classe politique. L’arrivée au pouvoir d’un nouveau Premier ministre, au profil plus politique que son prédécesseur (la barre était basse), va-t-il accélérer le mouvement ? Pas si sûr, tant sa priorité sera de rassoir l’autorité d’un gouvernement qui a perdu énormément de crédibilité en moins de deux ans. La plus importante question de politique étrangère britannique risque encore d’attendre.

Mais le combat continue pour ré-amarrer le Royaume-Uni à l’Europe. Nous avons tant de défis communs, et un besoin vital les uns des autres, il en va du futur de nos sociétés et de nos valeurs – Ode to Joy

Olivier Morel

23 juin 2026

Il y a quelque chose de pourri dans mon Royaume !

« Let’s not beat around the bush : the libertarian part of the party has taken control of the leadership »

Il y a tant à dire depuis ma dernière missive le 16 octobre 2021, par où commencer ? Un an passe vite, petite remise en contexte depuis l’automne 2021, entre autres : guerre en Ukraine ; changement de Premier ministre ; mort d’Elizabeth II, mettant fin au plus long règne d’un(e) souverain(e) de toute l’histoire du pays. Excusez du peu, avant même d’évoquer la semaine juste écoulée – comme dit l’adage, « a week is a long time in politics » : mini-budget du nouveau ministre des finances Kwasi Kwarteng le 23 septembre qui a provoqué une tempête sur les marchés boursiers, le marché des changes et forcé la Banque d’Angleterre à une intervention en urgence. Et deux voltefaces du même Kwasi Kwarteng et de Liz Truss, le tout en un mois, y compris une période de deuil de près de deux semaines où la politique a été mise entre parenthèses.


Le Parti Conservateur pris en otage par l’ultra-droite

« We’re f***cked ». Ca a le mérite d’être clair, j’ai failli l’utiliser comme titre! Propos sans ambiguïté d’un député conservateur recueilli par un journaliste au congrès annuel du Parti Conservateur à Birmingham en ce moment même. Et de conclure « Boris damaged our integrity, Truss is damaging our competency ». Chaude ambiance… Et Nick Timothy, ancien Chef de Cabinet de Theresa May, plus châtié, déclare : « Let’s not beat around the bush : the libertarian part of the party has taken control of the leadership »

La nouvelle Première ministre Liz Truss, après un processus électoral interne au Parti Conservateur interminable (8 semaines, on y reviendra) peut se targuer d’une entrée en fonction fracassante. Depuis sa nomination le 6 septembre :

 Les marchés boursiers de Londres ont perdu jusqu’à £500 milliards de dollars.

 Son Ministre des finances, qui s’est attiré le sobriquet de « KamiKwasi Kwarteng » sur les réseaux sociaux pour l’effet apparemment suicidaire de ses annonces sur l’économie, a réussi l’exploit (i) de s’attirer les remontrances du FMI qui exprime des doutes sérieux sur ses choix fiscaux, une intervention d’habitude réservée à un pays émergeant, pas un membre du G7 ; (ii) de faire chuter la livre sterling qui est tombée à son plus bas niveau de tous les temps contre le dollars et perd encore du terrain sur l’euro (plus bas depuis début janvier 2021) ; et de (iii) forcer la Banque d’Angleterre à remettre en route la planche à billets de toute urgence pour injecter 65 milliards de livres sterling en quelques heures pour éviter que les fonds de pension ne connaissent un épisode à la Lehman Brothers en septembre 2008.

 Le mini-budget du 23 septembre comportait des baisses d’impôts et charges, comme la suppression annoncée de la tranche marginale d’impôt sur le revenu de 45% qui aurait apparemment été financée par la suppression des aides aux plus pauvres (du Robin Hood à l’envers) – mesure que le Chancelier vient de supprimer face à la bronca dans son propre parti. Y figurait aussi l’abandon de la hausse des charges sociales d’avril 2022. Mais le pire est l’inconnue sur le financement de ces mesures. Pour ajouter à l’opacité de la nouvelle politique fiscale du gouvernement, déjà perçue comme entrainant un endettement supplémentaire de l’Etat sans visibilité sur les recettes pour financer les dépenses, comme celles consacrées (tardivement) à la lutte contre la hausse des prix de l’énergie, le Chancelier a décliné de soumettre ses mesures aux fourches caudines de l’Office for Budget Responsability (OBR). Cet organisme public mis en place par George Osborne, Chancelier conservateur entre 2010 et 2016, est chargé de fournir des prospectives et analyses indépendantes des politiques publiques planifiées par le gouvernement. Tous les prédécesseur de Kwasi Kwarteng ont travaillé main dans la main avec l’OBR, garant de lisibilité des mesures annoncées. Le Chancelier, droit dans ses bottes, persiste et maintien l’annonce formelle d’une Loi de Finance complète, mais pas avant le printemps 2023, avec quelques mesures fiscales de moyen terme pour le 23 novembre, soit deux mois après le mini-budget qui a provoqué ce tremblement de terre financier. Attendez, non ! On m’indique dans l’oreillette qu’il vient d’annoncer sa deuxième volteface, annonce avancée d’un mois, qui devrait rassurer les marchés en dévoilant les plans du Chancelier pour relancer l’économie (et il a encore le temps de rechanger d’avis avant que je finisse cet article).

L’impact quasi-immédiat de ces mesures déjà très mal reçues : retrait de plus de 40% des offres d’emprunts immobiliers, retirées du marché du jour au lendemain par les banques et building societies. Pourquoi ? Manque complet de visibilité du coût de l’argent pour les organismes prêteurs. La Banque d’Angleterre avait remonté son taux directeur de ‘seulement’ ½ point de pourcentage en septembre à 2,25%, avant la ‘bombe’ du mini-budget le 23 septembre. Dans la foulée des annonces du Chancelier, elle laisse entendre une sorte de ‘quoi-qu’il-en-coûte’ monétaire et financier pour juguler l’inflation (la plus élevée du G7) que les mesures du Chancelier ne font qu’exacerber. Comme l’a décrit plus d’un commentateur, la Banque d’Angleterre est obligée d’intervenir CONTRE le gouvernement, avec le pied sur le frein alors que le Chancelier appuie sur l’accélérateur. Le taux directeur pourrait atteindre 6% au printemps 2023, avec effet prévisible sur le financement des entreprises, le pouvoir d’achat des ménages (renchérissement des emprunts immobiliers) et l’économie du pays. Parmi les exemples anecdotiques sur le mode ‘effet dans la vie quotidienne’ : cette jeune femme qui explique qu’elle avait un accord de principe sur un emprunt immobilier à 4,5% pour acheter son premier logement, offre remplacée le lendemain par un prêt à 10,5% !

 A deux ans des élections générales, les sondages donnent au Parti Travailliste une avance entre 19 et 33 points. Même si cet écart est susceptible de se resserrer au fur et à mesure que l’élection approche, le discours du chef de l’opposition Sir Keir Starmer au Congrès du Parti Travailliste la semaine dernière avait des accents de Tony Blair en 1996, à la veille du triomphe électoral du New Labour en mai 1997 qui avait écarté les Conservateurs du pouvoir pendant 13 ans. Pas étonnant que la majorité des députés conservateurs jugent très mal les débuts de la Première ministre (d’où le cri du cœur « We’re f***cked »). Ils s’inquiètent tout simplement pour leur siège. On rappellera que la majorité de ces députés conservateurs avaient voté pour son opposant Rishi Sunak dans le premier volet des élections internes pour désigner le chef du parti, avant que les 180 000 encartés Tories ne donnent à Liz Truss les clefs du 10 Downing Street en l’élisant cheffe des Conservateurs. Lequel Rishi Sunak, ancien banquier d’affaires et familier de la finance internationale, avait prévu au détail prêt l’impact sur les marchés des propositions de son opposante. Quasiment personnes n’écoutait – c’était l’été et l’auditoire n’étaient que les membres du parti.

 Pour ajouter aux ‘bonnes nouvelles’ à l’ouverture du congrès annuel du Parti Conservateur, les journaux du dimanche 2 octobre (en première du respecté The Sunday Time) relatent une réception organisée par des donateurs du parti Conservateur le soir du 23 septembre, quelques heures après le mini-budget, célébrant la politique économique et fiscale ultra-libérale du nouveau Chancelier qui a provoqué une tempête boursière et monétaire inédite. Ce petit groupe comprend des financiers qui ont bénéficié directement de ces annonces en pariant contre la livre sterling ces dernières semaines, ayant eu connaissance des projets du nouveau gouvernement. Beaucoup sont aussi d’ardents partisans du Brexit : « join the dots » comme l’on dit. Je vous laisse aussi juger de la boussole morale de gens qui se disent par ailleurs patriotes. Décidément, l’argent n’a pas d’odeur.

Pour terminer ce panorama édifiant d’un gouvernement d’ultra-droite, il faut ajouter que certaines réformes annoncées le 23 septembre auraient bénéficié aux contribuable avec un salaire brut annuel d’au moins 150 000 £ (le salaire moyen est de quelque £38 000). Le grand écart entre riches et pauvres continue sa progression avec les encouragements du Chancelier. Son entourage ne cache pas que sa politique bénéficiera effectivement aux plus riches, mais que l’effet de ruissellement (« trickle down », mis à la mode par Ronald Reagan en son temps) finira par enrichir tout le monde. Le volteface brutal sur la suppression du taux marginal de l’impôt sur le revenu de 45%, annoncé le 23 septembre, confirmé par la Première ministre le 2 octobre et supprimé par Kwasi Kwarteng le 3 au matin ne parvient pas à dissiper l’image extrême de la nouvelle administration. Les revirements brutaux (« U-turns ») ne font aussi que confirmer l’image d’amateurisme qui colle au nouveau gouvernement. Cette politique que Louis de Funès n’aurait pas reniée – « Les riches c’est fait pour être très riches, et les pauvres très pauvres » contraste avec la floraison des banques alimentaires, plus nombreuses que les restaurants McDonald. The Times écrivait même récemment qu’un quart des hôpitaux britanniques a créé une banque alimentaire sur site pour son personnel, qui abandonne ce métier si mal payé qu’il ne ’nourrit pas son homme’, littéralement. Et ceci dans un contexte post-Brexit de manque aiguë de personnel (les ressortissants européens fournissaient des bataillons de médecins et personnel médical au NHS, ils sont partis ou ne viennent plus au Royaume-Uni). Ajoutons enfin des listes d’attente pour la chirurgie élective qui s’allongent inexorablement depuis… 2010, quand les Conservateurs ont succédé aux Travaillistes.

L’expression « il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade » a rarement été aussi pertinente.

Finalement, je laisse la parole à Sir John Major sur la dérive anti-démocratique du Parti Conservateur et du gouvernement britannique depuis 3 ans : https://twitter.com/thattimwalker/status/1561462767277703172?s=12&t=-yVqifQYxc-9Fj-dPk2uWA


Quelle place pour la monarchie dans la vie politique et quotidienne du pays ?

Le décès de Sa Majesté la Reine Elizabeth II a créé une onde de choc. Cela semble un peu surprenant pour une dame de 96 ans – on songe aux paroles attribuées à Louis XIV, voyant ses courtisans éplorés au chevet de son lit de mort : « Pourquoi pleurez-vous, m’avez-vous cru immortel ? ». Je feins le cynisme car, malgré tout, le décès de la souveraine le 8 septembre et les cérémonies de ses obsèques le 19 septembre m’ont beaucoup plus ému que je ne l’aurais soupçonné. En passant, l’hommage vibrant et le message très personnel du Président de la République a beaucoup touché les britanniques – enfin, ceux qui sont bien disposés à l’endroit de la France. Une certaine presse n’a ensuite pas pu résister aux épithètes de mauvais goût sur ‘les baskets du président aux funérailles de la Reine’. Emmanuel et Brigitte Macron ont passé quelques heures à déambuler dans la capitale le dimanche 18 septembre, dans une ambiance si particulière pour cet évènement unique. Ils avaient bien sûr opté pour des chaussures appropriées pour une marche urbaine de plusieurs heures. Il a fallu que des journalistes mieux intentionnés rétablissent la vérité et précisent que les époux Macron s’étaient évidemment changés pour le volet protocolaire et officiel des cérémonies. Presse de caniveau britannique anti-française indécrottable.

Donc émotion malgré tout, pas que je m’attendais à quoi que ce soit : la relation du républicain que je suis avec la monarchie héréditaire, fut-elle parlementaire, a toujours été celle d’une indifférence polie.

L’effet de ces cérémonies grandioses a été double à mon sens.

 Confirmer l‘incroyable sens du devoir de la Reine pendant plus de 70 ans. Rappelons que son dernier engagement public – accepter la démission de Boris Johnson et inviter Liz Truss à former un nouveau gouvernement – a eu lieu deux jours avant sa mort. Au bout de 7 décennies, le devoir jusqu’au dernier souffle, littéralement.

 L’anachronisme de l’institution. Le public a démontré son immense respect pour la souveraine, faisant la queue (littéralement) jour et nuit pendant près d’une semaine pour lui rendre un dernier hommage en défilant devant le catafalque d’Elizabeth II au Westminster Hall. En passant, je ne résiste pas à un peu d’histoire, c’est le plus vieux bâtiment du Parlement de Westminster, bâti en 1097 sous le règne de William Rufus, fils de Guillaume le Conquérant, démonstration à peine voilée de l’incroyable longévité de l’institution monarchique. On a décrit ici et là le décès de la souveraine comme un tournant historique. A l’appui, un fait saisissant : Winston Churchill, son premier Premier ministre (elle en a connu 15, sans compter les dirigeants politiques des pays du Commonwealth) est né en 1874, en plein règne de la Reine Victoria. La même souveraine qui devint Impératrice des Indes et vit prospérer l’Empire britannique, empire qui dominera un quart de la population mondiale et un tiers des terres émergées à son apogée à l’aube de la Grande Guerre. Il est donc assez facile de verser dans la nostalgie, à coup de randonnées en tweed dans la lande écossaise, au son des cornemuses et à grand renfort d’anecdotes qui reflètent la personnalité attachante d’une souveraine pleine d’humour, francophone et francophile, et par définition hors normes. Elisabeth II sert donc de pont hautement symbolique et émotif avec un passé glorieux. Outre la peine ressentie à la disparition de ce personnage hors du commun, la perte de ce trait d’union avec ce passé donne un sentiment déprimant de déclassement soudain. Hors en réalité, cette rupture avec un passé triomphant avait déjà commencé avant même le début de son règne, au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale.

Le décès de la Reine n’est pas un tournant, il coïncide avec un tournant. Plus de six ans après le référendum qui a décidé de la sortie de l’UE, le pays est rattrapé par la farce politique qui ne s’est pas interrompue depuis juin 2016. Une succession de premiers ministres de plus en plus improbables, entourés de gouvernements de fidélité et pas de compétence. Liz Truss et la ‘performance’ de son Chancelier le 23 septembre en est la dernière incarnation extrême. Le fait que même Boris Johnson soit mentionné en possible recours montre à quel point ce pays est tombé au fonds de l’abîme. Le même Boris Johnson qui a été forcé d’annoncer son départ de la tête du Parti Conservateur, et donc du poste de Premier ministre, après la démission de plus de 50 ministres et secrétaires d’Etat en quelques heures, excédés par la persistance dans le déni de réalité du Premier ministre à propos des fêtes à répétition qui se sont tenus au 10 Downing Street pendant les confinements, et sa relation toute particulière avec la vérité. Son ignominieux départ a été qualifié d’exemple unique de « Sinking ship is fleeing the rat » par un chef de l’opposition Sir Keir Starmer en verve. Le même Boris Johnson qui est ensuite resté en poste pendant les semaines d’été de l’élection d’un nouveau chef des Tories, organisant son mariage ou jouant à Top Gun en prenant les commandes (brièvement !) d’un Typhoon de la RAF. Tout cela pendant que les Conservateurs prenaient des semaines pour organiser l’élection de leur nouveau chef, et donc d’un nouveau Premier ministre, alors que la maison britannique brûlait (littéralement) – urgence climatique ; flambée des prix de l’énergie ; pays en grève ; inflation galopante (la pire du G7) et crise du pouvoir d’achat. Concrètement, les ménages les plus pauvres se trouvent devant le choix de « Heat or Eat », se chauffer ou se nourrir.

Les Tories pourraient donc bien faire un énième pied de nez à la décence et à l’électorat en organisant à nouveau en leur sein l’élection d’un nouveau chef et donner au pays un énième Premier ministre avant les prochaines élections, prévues fin 2024, Boris Johnson ou un autre. Depuis plus de 6 ans, une seule chose est certaine : quand on croit avoir touché le fonds, les Conservateurs trouvent le moyen de continuer à creuser.

J’évoque l’anachronisme de la monarchie en 2022. Je ne veux pas parler des rétrospectives en mode sépia du long règne de la Reine. Elles évoquent un monde révolu de Bal des Débutantes et de tournée du Commonwealth à bord du Royal Yacht Britannia. Ces images surannées et nostalgiques continuent d’alimenter les chroniques de certains fans, particulièrement en France (phénomène qui m’amuse et me surprend à parts égales). Je fais référence à l’incapacité de la monarchie à enrayer cette décente aux enfers qu’a été le spectacle déplorable de ces 6 dernières années – voir le discours de Sir John Major plus haut. Je n’avais aucune illusion sur la capacité d’ingérence politique de la souveraine, qui est constitutionnellement nulle. Je m’étonne toutefois que les chantres de cette famille royale d’un autre temps plaident en faveur du caractère soi-disant stabilisateur de l’institution royale face aux vicissitudes de la vie politique pour justifier son existence aux frais du contribuable. S’il fallait une démonstration de l’absurdité de cette position, il suffirait d’observer ce qui se passe dans ce pays depuis 6 ans et demi. La raison même qui rend la monarchie impotente est qu’elle est constitutionnellement impotente.

Deux exemples pratiques.

 Fin août 2019, le Premier ministre Boris Johnson veut suspendre le Parlement pendant 5 semaines dans son bras de fer avec l’opposition – et une partie importantes de députés Conservateurs – sur les termes de l’accord avec l’UE, alors en pleine négociation. Il voulait simplement se passer d’un débat démocratique dont il savait l’issue très incertaine. Cette suspension fut finalement jugée illégale par la Cour Suprême, une cour écossaise jugea même que le Premier ministre avait menti à la souveraine pour obtenir son assentiment. Il y eut à l’époque un bref débat constitutionnel sur la possibilité que la monarque intervienne dans ce débat politique en refusant la demande de son Premier ministre, tant cette demande était une violation flagrante des fondements même de la démocratie parlementaire. Il n’en fut bien sûr rien, le monarque devant rester totalement apolitique. Il aura fallu une intervention de la Cour Suprême pour renverser la décision, la souveraine restait désarmée. Il semble donc évident que le rôle soi-disant stabilisateur des souverains britanniques relève plus du fantasme des fans de la famille royale que de la réalité constitutionnelle et politique quotidienne.

 Les journaux du dimanche 2 octobre, The Sunday Times parmi d’autres, rapportent que Liz Truss s’est opposée à ce que le Roi Charles III prononce un discours lors de la prochaine réunion de la COP27 à Sharm El-Sheikh, ou même qu’il assiste à ce sommet environnemental de premier plan. Le monarque, dont on connaît la passion sincère et de très longue date pour ce sujet fondamental, s’est plié à la demande de sa Première ministre. Autre exemple s’il en était besoin que la politique de court terme prime sur la volonté royale.

Je concède cependant bien volontiers que la famille royale est un élément important du soft power de ce pays : les britanniques sont champions du monde du « Pomp and Circumstances », dont les funérailles de Sa Majesté Elisabeth II furent une démonstration somptueuse.


Il faut réformer la Constitution

Le mode d’élection de Liz Truss au poste de Première ministre a mis en lumière un problème de déficit démocratique d’un volet important des institutions britanniques.

Rappel : elle a été nommée à son poste après un premier vote des députés conservateurs (113 sur 357 – 32% – ont voté pour elle, avec seulement 8 voix d’avance sur Penny Mordaunt, arrivée troisième et éliminée du scrutin). Face à son opposant Rishi Sunak (137 voix des députés), l’actuelle Première ministre rassemble ensuite 57% des suffrages des quelque 180 000 membres du Parti Conservateur, soit à peine 0,3% de la population du pays, qui compte par ailleurs 46,5 millions d’électeurs. Ne parlons pas du caractère très peu représentatif des encartés du parti – démographiquement, géographiquement et sociologiquement. Portrait-robot du membre typique du Parti Conservateur : un homme blanc, plutôt âgé (âge médian 57 ans), aisé et éduqué (ABC1), vivant dans le sud du pays hors de Londres, et ayant voté pour le Brexit.

Je ne remets pas en cause un système par pur principe ou par dépit. L’élection d’un nouveau chef au sein du parti est un système qui a fait ses preuves dans le passé. Depuis 1900, 17 nouveaux premiers ministres sur 28 ont été nommés en dehors d’une élection : leur parti les a remplacé et le nouveau chef est devenu Premier ministre – John Major, Gordon Brown ou Theresa May ont ainsi accédé aux plus hautes fonctions. Tout ceci marchait très bien sur la base des usages et conventions, certaines non-écrites, et en se reposant sur le principe du « Honorable Chap » – la classe politique, au-delà de désaccords parfois très violents, s’en tient à un code de conduite qui dicte qu’il y a ‘des choses qui ne se font pas’. L’arrivée au pouvoir de Boris Johnson dans les mêmes conditions en juillet 2019, et sa ‘relation très particulière à la vérité’ comme certains l’ont abondement décrit, a entamé la crédibilité des institutions – cf Sir John Major ci-dessus. Mais au moins le Parti Conservateur a-t-il été réélu en décembre 2019 avec la plus forte majorité depuis Margaret Thatcher dans les années 1980. Il serait difficile de contester à Boris Johnson sa légitimité électorale, quel que soit l’opinion qu’on se fasse du personnage.

En fin de compte, c’est le spectacle du Parti Conservateur qui a passé l’été à se regarder le nombril, refusant de gérer toutes les urgences auquel le pays fait face et après plus de 6 années de déliquescence de la vie politique, qui m’a convaincu qu’une revue d’inventaire des institutions – sinon une mise à plat complète – est plus que jamais à l’ordre du jour.

Bien amicalement.

Olivier Morel
5 octobre 2022