« Ils n’ont rien appris ni rien oublié »

Les Brexiters veulent recommencer la négociation en tentant d’ignorer les trois dernières années ; les Remainers sont incapables de s’entendre sur ce qu’ils veulent : un autre référendum ; un soft Brexit (option Norvège) ; un retrait pur et simple de la notification de l’Article 50.

Dimanche dernier 23 juin était le (sinistre) 3eme anniversaire du référendum qui a vu les électeurs britanniques se prononcer pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. J’admets honnêtement que depuis mon dernier article le 25 février 2019, et le séminaire du 28 mars, je n’ai pas eu énormément le cœur à continuer à chroniquer Brexit. Le sujet me donne nettement l’impression que je suis devenu un disque rayé – plus ça change, plus c’est la même chose. Je suis aussi à court d’adjectifs pour décrire la déliquescence de la direction politique de ce grand pays. Le spectacle déplorable de l’élection du prochain chef du Parti Conservateur n’est pas de nature à remonter un moral déjà assez bas. Je crois refléter assez fidèlement l’ambiance générale, dans le public et les entreprises : nous sommes en mode post-Brexit, au quotidien plus personne n’en parle, ou ne veut en parler, un mélange de lassitude et d’embarras. La vie continue car il y a une limite humaine au temps que l’on peut passer à attendre que l’épée de Damoclès vous tombe sur le cou. Pour ceux qui suivent encore les médias, en particulier le pernicieux twitter (votre serviteur !), l’ennui le dispute à l’effarement : à chaque fois que l’on croit avoir atteint le fonds, tel député, telle chroniqueuse, tel aspirant premier ministre s’évertue à nous démontrer qu’il ou elle a encore assez d’énergie pour continuer à creuser.

Bon moment me semble-t-il pour prendre acte de trois ans complètement surréalistes et d’essayer de déchiffrer les possible scenarii des 6 prochains mois.

Un accord sur le mode ‘quadrature du cercle’ et un rendez-vous manqué

Retenons seulement quelques moment clefs :

Discours de Theresa MAY pendant la Conférence du Parti Conservateur début octobre 2016. Fraîchement élue à la tête du Parti Conservateur et Première ministre depuis le 13 juillet, dans la foulée de la démission de David CAMERON post référendum, celle qui a fait une campagne fort discrète pour le camp Remain – pro- européenne par raison et non par passion – veut prouver aux zélotes Brexiters qu’elle est toute acquise à leur cause : elle énonce ses premières lignes rouges, la fin de la liberté de circulation et de la juridiction de la Cour Européenne de Justice. Elle écarte donc de facto une relation étroite avec l’UE.

Un deuxième moment charnière intervient à l’été 2018, quand elle dévoile son Chequers Plan. Elle a réuni son gouvernement dans cet équivalent de la résidence de La Lanterne en France pour y dévoiler le projet d’accord qu’elle veut signer avec l’UE. L’un des éléments clefs en est l’engagement formel de maintenir une frontière ouverte sur l’Ile d’Irlande, ce qui de facto maintien le UK dans une orbite proche de l’UE. Totale contradiction avec la ligne rouge exprimée en octobre 2016, et coût politique également de cet accord : Theresa MAY avait tenté de faire jouer la solidarité gouvernementale, tentative ratée car David DAVIS et Boris JOHNSON, respectivement Ministre Responsable de la Sortie de l’UE et Ministre des Affaires Etrangères, démissionnent quelques jours plus tard pour marquer leur désaccord avec le projet qui maintiendrait le UK trop proche de l’UE, faisant du pays un « Etat vassal » de l’Union.

Donc deux postures contradictoires, dictées quasi exclusivement par la politique intérieure – l’une en octobre 2016 où Theresa MAY parle à l’aile pro-Brexit de son parti ; l’autre en juin 2018 quand elle honore les obligations du pays en vertu du Good Friday Agreement de 1998 qui garantit l’absence de frontière physique sur l’Ile d’Irlande.

De ces deux postures contradictoires naît un accord hybride avec l’UE, signé quelque 6 mois plus tard, le 25 novembre 2018. Alors que Theresa MAY avait convaincu ses interlocuteurs sceptiques à Bruxelles que c’était le seul accord qu’elle pourrait faire accepter au Parlement de Westminster, les députés britanniques en rejettent la ratification trois fois, avec des majorités écrasantes – et humiliante pour la Première ministre. Le dernier vote a lieu le jour même de la date prévue pour la sortie de l’UE, le 29 mars 2019.

Ce rendez-vous manqué, cette sortie si longtemps attendue par les Brexiters, sortie désordonnée qui devait provoquer le chaos, a fait long feu. Des entreprises et des particuliers avaient bien pris quelques mesures préventives – précommandes ; stockage ; recherches de voies alternatives pour rentrer au Royaume Uni, Douvres devant être saturé ; etc. Les Brexiters sont furieux d’être toujours membres de l’UE. Les Remainers sont toujours en deuil du résultat du référendum, mais sont divisés sur la solution pour sortir du purgatoire qu’est cette antichambre de non-membre. Les entreprises ont perdu tout espoir d’avoir une solution rapide à cette insupportable incertitude. Le tout a été un rendez-vous manqué, un immense gachis, un monumental pschitt.

Anesthésie

La combinaison (i) d’une procédure de sortie qui prend trop longtemps ; (ii) le spectre d’un désastre annoncé qui ne vient pas – Project Fear du camp Remain avant le référendum, qui annonçait un Armageddon économique en cas de sortie, qui ne s’est pas matérialisé, ce dont les Brexiters font gorge chaude ; (iii) on a repassé les plats pour anticiper le 29 mars 2019, en vain bien sûr ; (iv) et maintenant une élection au sein du Parti Conservateur pour élire un nouveau chef du parti qui deviendra ainsi Premier ministre. Cette élection ne donne lieu à aucun débat de fonds, puisque les impétrants s’adressent presqu’uniquement à leurs électeurs – les 314 députés du parti dans un premier temps ; les quelque 160 000 membres encartés du Parti Conservateur ensuite. Hors les candidats disent à leur électorat ce que celui-ci veut entendre : « Tout ira bien, j’irai à Bruxelles, et la puissance de ma personnalité à elle seule forcera l’UE à changer un accord qui a pris plus de deux ans à négocier, ils nous donnerons ce que nous demanderons, et notre avenir hors de l’UE sera radieux, tous les pays du monde se bousculeront pour signer des accords de libre-échange avec nous, parce que nous sommes ‘spéciaux’, et nous retrouverons enfin notre pleine souveraineté, etc. » – je paraphrase à peine. En bref, c’est comme si rien ne s’était passé depuis 3 ans. Et quand je dis que je me sens disque rayé…

Pas étonnant qu’au-delà de la profonde division du pays entre les Leavers et Remainers, plus personne ne veuille parler d’un sujet qui suscite au-delà de tout un immense embarras – toutes les nations ont peur du ridicule.

Le public et les acteurs économiques semblent anesthésiés – ont leur a fait le coup de la catastrophe annoncée deux fois – ils font donc ‘comme si’ la vie continuait normalement. Tout ceci sur fonds de nouveau leader du Parti Conservateur / Premier ministre, n’entrant pas en fonction avant la semaine du 22 juillet 2019 et un Parlement qui arrête de siéger quelques jours plus tard pour ne reprendre ses travaux que début septembre, soit moins de 2 mois avant la fin de la prolongation de 6 mois octroyée par l’UE. En l’annonçant, Donald TUSK avait eu ces paroles prophétiques à destination du Gouvernement britannique : « Please don’t waste this time ». Il devait savoir que c’était un vœu pieu.

Hors cette sorte de fausse normalité pourrait être dangereuse, car tout avertissement d’une sortie sans accord le 31 octobre 2019, assortie de recommandation de « préparation au pire en espérant le meilleur » risque fort de rester lettre morte.

La possibilité du No Deal et/ou d’élections anticipées augmente fortement

Les observateurs intelligents du drame qui se déroule sous nos yeux – il en reste ! – loin de l’exaltation tribale des uns et des autres, s’entendent sur le consensus que la perspective du No Deal (ou une élection, ou les deux) est plus élevée qu’elle ne l’a jamais été :

Jon Worth, qui estimait récemment la possibilité de No Deal à 20% https://jonworth.eu/brexit-what-next/

Ivan Rogers dans The Spectator du 18 juin 2019 – à lire avec profit

http://chrisgreybrexitblog.blogspot.com/  – un blogueur à suivre absolument si Brexit vous intéresse toujours…

On pourrait envisager le scénario des prochains mois ainsi :

1 Le nouveau Premier ministre, auréolé de son intronisation à la tête du pays par les membres du Parti Conservateur, représentant 0,35% de l’électorat du Royaume-Uni, vient chercher à Bruxelles… le beurre, l’argent du beurre et la crémière en prime… pardon je m’égare, il vient  renégocier l’accord.

2 Refus de l’UE, possiblement assorti de quelques ajustements/clarifications à la déclaration politique qui accompagne l’accord.

3 Nouvelle demande d’extension à l’UE, assortie de crise politique au Royaume-Uni, avec motion de censure provoquant une chute du Gouvernement. Il est difficile de savoir avec certitude si la crise suivrait ou précéderait la demande, mais comme Boris JOHNSON, grand favori pour l’emporter pour l’instant, insiste que le pays doit absolument quitter l’UE le 31 octobre, il semble inconcevable qu’il fasse cette demande. La crise politique arriverait donc dans un premier temps – des députés conservateurs ont indiqués qu’ils voteraient contre le Gouvernement si c’était la seule option pour éviter le No Deal, et la majorité des Conservateurs est très précaire.

4 Comme si tout cela était simple, ajoutons qu’il y a seulement 9 jours ouvrés entre le Conseil européen (17-18 octobre 2019, première rencontre formelle entre le nouveau Premier ministre et ses collègues européens, moment où il pourrait leur présenter une telle demande) et la date de sortie le 31 octobre 2019.

5 Des élections législatives anticipées entre octobre et décembre 2019. Pas de parti majoritaire – s’en suit une coalition minoritaire Labour-LibDem, à qui le souverain demande de former un gouvernement.

6 Ensuite, tout est possible – « all bets are off ! » comme on dit ici.

Pour parfaire ce tableau idyllique, précisons enfin que pour éviter un No Deal il faudrait :

  • Soit que le Parlement ratifie l’accord signé le 25 décembre 2019 – rejeté trois fois par les députés, et qui avait poussé Boris JOHNSON à la démission après que Theresa MAY ait dévoilé son Chequers Plan
  • Soit que Bruxelles accepte de changer l’accord, en particulier le fameux « Backstop » qui garantit la position de la frontière irlandaise – « fat chance! »
  • Bruxelles pourrait octroyer une nouvelle extension, mais pourquoi l’UE le ferait-elle cette fois-ci, devant le spectacle d’un pays en pleine crise identitaire, plus divisé que jamais sur son futur, l’UE ayant aussi ses propres priorités?

« Ils n’ont rien appris ni rien oublié »

J’ai repris cette citation qu’Ivan Rogers mentionne dans son excellent article dans The Spectator (voir supra). Talleyrand avait fait cette constatation navrée devant l’impéritie des nobles émigrés qui rentraient d’exil en France en 1814, et pensaient effacer la parenthèse de la Révolution pour reprendre leur existence comme si rien ne s’était passé. Ivan Rogers applique cette remarque à l’élection du chef du Parti Conservateur. Je crois qu’elle pourrait être élargie pour s’appliquer tant aux Brexiters – ils veulent recommencer la négociation en tentant d’ignorer les trois dernières années – qu’aux Remainers, incapables de fournir un argumentaire positifs pro-Europe, toujours en deuil, et qui rejouent la partition de Project Fear, qui a tellement réussi pour le référendum (!) ; de plus, ils semblent incapables de s’entendre sur ce qu’ils veulent : un autre référendum ; un soft Brexit (option Norvège) ; un retrait pur et simple de la notification de l’Article 50.

Pour finir, j’ai en mémoire les paroles – prophétiques ? – de Pascal LAMY il y a bientôt trois ans. J’avais eu le privilège de faire partie avec celui qui fut Directeur Général de l’OMC pendant 8 ans d’un panel d’experts sur le Brexit, au Mondial des Conseillers du Commerce Extérieur de la France en octobre 2016, quelques mois après le référendum. Un membre de l’audience de chefs d’entreprises lui avait demandé s’il y avait une possibilité que le Brexit n’arrive pas. Pascal LAMY avait estimé que rien n’est jamais impossible, mais que cette éventualité avait très peu de chance de se réaliser, « à moins », avait-il ajouté, « que le Brexit ne devienne trop compliqué, trop cher, trop long ».

Un accord est encore possible bien sûr – si les trois dernières années nous ont appris quelque chose, c’est bien qu’il ne fait jamais dire jamais – mais la probabilité des deux extrêmes, No Deal ou pas de Brexit (ou plutôt une prolongation du purgatoire, ni dedans ni dehors), a sérieusement augmentée.

Dans ce contexte, comment convaincre les acteurs économiques que se préparer au No Deal n’est pas un luxe ?

Bon été.

Olivier MOREL25 juin 2019

Cérémonie de remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur

J’ai eu le grand honneur d’être nommé Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur le 1er janvier 2019, pour services bénévoles rendus depuis près de 30 ans aux entrepreneurs français et britanniques et pour le renforcement des liens de coopération, d’amitié et de commerce entre nos deux pays.

Cette magnifique décoration m’a été remise par M. Jean-Pierre JOUYET, Ambassadeur de France au Royaume-Uni, le 3 juin 2019 à la Résidence de France à Londres. Merci à tous ceux qui ont pu faire le déplacement, et merci pour vos messages d’amitié qui m’ont beaucoup touchés.

Nombre d’entre vous m’ont demandé de leur envoyer ou de publier le texte de mon discours.

Le voici, bonne lecture.

***

Monsieur l’Ambassadeur ; Monsieur le Consul Général ; Monsieur le Sénateur ; Monsieur le Ministre ; Mesdames et Messieurs les Présidents.

Chers Amis, Dear Friends

Je suis très touché que malgré une actualité diplomatique intense – louons à cet égard les meilleurs efforts du président américain et de Theresa MAY cette semaine, sans parler des cérémonies de commémoration du 75eme anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 – touché donc que Monsieur l’Ambassadeur trouve le temps de nous recevoir ce soir.

Merci M. l’Ambassadeur.

Chère Tanya, cher Jack, cher Joe, cher Sébastien, cher Etienne. Cette reconnaissance est aussi un peu la vôtre. Je ne serais pas ce que je suis sans vous. Je vous remercie d’être à mes côtés, hier, aujourd’hui et demain.

Je compte sur vous pour m’empêcher de devenir un vieux schnock – clairement, il y a le potentiel, donc vigilance !

Merci également à tous mes amis Conseillers du Commerce extérieur qui travaillent sans relâche à mes côtés, et sans qui rien ne serait possible.

I also want to extend a special greeting to my English friends and colleagues.

I am very pleased that Gavin TYLER my managing partner is here tonight, as well as Clare HYLAND, my senior partner.

Gavin countersigned my application to become a British citizen 10 years ago.  I want to take this opportunity to thank you Gavin.

Quant à Olivia, mon assistante, elle sait lire dans mes pensées et elle assure toujours mes arrières. Merci Olivia.

Merci très chaleureusement à vous tous de votre présence ce soir, cela compte beaucoup.

***

Ma première réaction en apprenant cette distinction est une grande humilité. Je songe à tous ceux avec qui je partage cet honneur, et qui doivent ce mérite au prix de leur sang. Deux exemples en particulier :

  • les vétérans britanniques de la deuxième guerre mondiale que le gouvernement français décore systématiquement depuis plusieurs années ; initiative remarquable qui, au-delà de rendre un hommage mérité à ces vétérans, a un effet extraordinaire sur le décoré, sa famille et son entourage – M. l’Ambassadeur témoignera de l’effet que cela produit quand il accroche cette magnifique décoration sur la poitrine d’un vétéran ; quelle belle leçon de fraternité entre deux peuples – et nous en avons bien besoin !
  • je pense aussi avec émotion à ce grand-père qui a combattu dans DEUX guerres mondiales, qui a été décoré lui aussi, et qui a payé le prix ultime en 1944 pour ses convictions.

On se sent donc très modeste.

Le deuxième sentiment est la fierté. Pratiquer des activités bénévoles pendant trois décennies n’est pas motivé par une éventuelle récompense bien sûr, et la validation n’est pas nécessaire pour s’y adonner, mais lorsqu’une telle reconnaissance arrive, c’est toujours une grande fierté, une grande émotion.

Je veux aussi profiter de cette occasion pour évoquer la belle profession d’Avocat, ma profession.

***

Ce n’est pas pour ces activités que je suis distingué aujourd’hui – je serais gêné d’être décoré pour un métier qui me rémunère. Je suis donc d’autant plus à l’aise pour parler de l’avocature sans fausse modestie.

Le mot avocat vient du latin Ad vocatus, c’est-à-dire « appelé pour » : l’avocat est celui que vous appelez pour parler en votre faveur. A sa base est le secours de l’autre quand il a besoin d’assistance.

L’avocat jure un serment au moment de rejoindre cette belle profession :

« Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité »

C’est quand même beau, non ?

Même si bien sûr, au quotidien, la réalité est parfois un peu différente, je conseille vivement à tout avocat de garder ce serment à portée de main, il est salutaire de se le remettre en mémoire de temps en temps.

Ces femmes et ces hommes de loi, ces avocats sont souvent le sujet de quolibets, proférés par des gens partagés semble-t-il entre la crainte et la répugnance – « fear and loathing », ça sonne pas mal en anglais n’est-ce pas ?

Crainte peut-être parce que l’avocat est le confident de tous les secrets ; il est ce prêtre civil qui entend le pire de l’espèce humaine au confessionnal de son cabinet.

Il inspire parfois la répugnance car il est le défenseur du tueur d’enfant.

Mais l’avocat est aussi celui qui accompagne, conseil, rassure. C’est un entrepreneur, avec des clients, des salariés, des factures, des échéances, des risques. Les cabinets se créent, les cabinets disparaissent – rien de bien différent d’une entreprise.

L’avocat est aussi engagé dans les causes vitales pour l’avenir d’un pays – Dominic GRIEVE, qui me fait l’amitié d’être ici ce soir, en est un exemple, tant son combat pour les valeurs démocratiques qui nous sont chères est essentiel.

Les blagues anti-avocats, ces lawyers’ jokes, représentent la facilité de piques souvent répétées, un art facile de mettre l’audience de son côté, et qui sont la marque d’une certaine paresse intellectuelle.

Hors cette belle profession compte dans ses rangs des femmes et des hommes qui ont marqué l’histoire comme peu d’autres. Ils ont changé l’histoire. Ils ont en commun d’être des femmes et des hommes de loi, juristes, avocats et magistrats.

Dans ce panthéon personnel, je ferais figurer :

  • Robert BADINTER
  • CICERON
  • Mohandas GHANDI, barrister anglais
  • Muhammad ALI JINNAH, le fondateur du Pakistan
  • Lee Kuan YEW, père-fondateur de Singapour
  • Abraham LINCOLN (voyez ou revoyez le film remarquable de Steven Spielberg avec Daniel Day-Lewis qui campe un Lincoln exceptionnel)
  • Nelson MANDELA
  • Pierre MENDES-FRANCE
  • Maximilien ROBESPIERRE – pour le meilleur et pour le pire !
  • TRONCHET ; PREAMENEU ; PORTALIS et MALEVILLE – les quatre rédacteurs du Code Civil, qui a essaimé ses préceptes dans une centaine de pays, l’autre moitié du monde étant gouvernée par la common law qui a ses origines ici
  • Simone VEIL

On se sent tout petit, mais vraiment tout petit – mais quelle fierté aussi ! – d’appartenir à la même profession que Simone VEIL.

Sa mémoire nous oblige.

***

Rassurez-vous, les avocats gardent le sens de l’humour, ils sont humains… – si, si, je vous assure !

Et pour que votre transition depuis fear & loathing, jusqu’au respect vis-à-vis des avocats soit progressif, je vais immédiatement démontrer ma propre paresse intellectuelle, avec deux lawyers jokes françaises :

  • La première boutade est attribuée à François MITTERAND (lui-même avocat d’ailleurs…), il aurait dit :

« Pour le droit, j’ai BABINTER. Et DUMAS pour le tordu »

  • Savez-vous qui a dit :

« Il y a deux types d’affaires, les affaires insolubles et celles qui ont vocation à se régler toutes seules. Il reste à l’avocat cette marge de manœuvre : il est toujours possible de compliquer celles qui ont vocation à se régler toutes seules »

Edgar FAURE – il reste en mémoire pour son cheveux sur la langue et l’imitation de Thierry LE LURON, mais Le Président fut bachelier à 15 ans et avocat précoce (notez le paradoxe d’un mineur – époque où la majorité était à 21 ans – qui a la charge de prendre en main le destin des autres sans être tout à fait maître du sien) ; ami de MENDES, il mériterait aussi de figurer au panthéon que j’ai mentionné il y un instant.

Si je ne prétends pas changer à moi seul la vision que notre société a des femmes et hommes de loi, cela ne m’empêchera pas d’essayer, surtout à une époque où la presse britannique qualifie 3 juges d’« ennemis du peuple ».

En conclusion : Mesdames et Messieurs les avocats, portez ce titre fièrement. Pour les autres, un peu moins de fear and loathing, un peu plus d’indulgence s’il vous plaît.

La différence entre l’avocat et les bénévoles qui donnent gratuitement de leur temps et de leur énergie, est qu’il va de soi que pour ces derniers, pour les bénévoles, il n’est nul besoin de dire, puisqu’ils font.

La décoration de la Légion d’honneur est dans cette belle tradition. En la décernant, la France dit « Je sais ce que vous faites, nul besoin de dire ».

***

Pour terminer, laissons le dernier mot au Roi Soleil. Dans ses « Mémoires de Louis XIV pour l’instruction du Dauphin », le Roi y énonce un principe qui caractérise bien ce travail sans bruit et sans fureur des bénévoles, quand le savoir-faire prend le pas sur le faire-savoir :

« Toute la réputation des grands hommes n’est pas formée que de grandes actions. Comme les plus humbles sont celles qui sont réalisées le plus souvent, c’est sur elles que nos véritables inclinaisons sont jugées. À démêler les moindres petites affaires, il y a une certaine honnêteté qui, scrupuleusement respectée, n’en est pas moins précieuse que les vertus les plus brillantes ».

***

Comme disait le prêcheur, je pourrais écrire des discours plus brefs, mais une fois lancé, je suis trop paresseux pour m’arrêter.

Sans prétendre aux sommets oratoires de Robert BADINTER, j’espère avoir suivi le précepte de CICERON pour un discours réussi: « Docere, delectare, movere » – le discours doit être instructif, plaisant et émouvant.

Monsieur l’Ambassadeur – cher Jean-Pierre (et cher confrère !)  ; Monsieur le Consul Général – cher Guillaume ; Monsieur le Sénateur, cher Olivier ; Monsieur le Ministre – cher Jean-Christophe ; Mesdames et Messieurs les Présidents.

Chère Tanya ; cher Jack ; cher Joe ; cher Sébastien ; cher Etienne.

Mes très chers Amis.

Merci.

Olivier MOREL

Résidence de France

Londres, le lundi 3 juin 2019