Cérémonie de remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur

J’ai eu le grand honneur d’être nommé Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur le 1er janvier 2019, pour services bénévoles rendus depuis près de 30 ans aux entrepreneurs français et britanniques et pour le renforcement des liens de coopération, d’amitié et de commerce entre nos deux pays.

Cette magnifique décoration m’a été remise par M. Jean-Pierre JOUYET, Ambassadeur de France au Royaume-Uni, le 3 juin 2019 à la Résidence de France à Londres. Merci à tous ceux qui ont pu faire le déplacement, et merci pour vos messages d’amitié qui m’ont beaucoup touchés.

Nombre d’entre vous m’ont demandé de leur envoyer ou de publier le texte de mon discours.

Le voici, bonne lecture.

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Monsieur l’Ambassadeur ; Monsieur le Consul Général ; Monsieur le Sénateur ; Monsieur le Ministre ; Mesdames et Messieurs les Présidents.

Chers Amis, Dear Friends

Je suis très touché que malgré une actualité diplomatique intense – louons à cet égard les meilleurs efforts du président américain et de Theresa MAY cette semaine, sans parler des cérémonies de commémoration du 75eme anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 – touché donc que Monsieur l’Ambassadeur trouve le temps de nous recevoir ce soir.

Merci M. l’Ambassadeur.

Chère Tanya, cher Jack, cher Joe, cher Sébastien, cher Etienne. Cette reconnaissance est aussi un peu la vôtre. Je ne serais pas ce que je suis sans vous. Je vous remercie d’être à mes côtés, hier, aujourd’hui et demain.

Je compte sur vous pour m’empêcher de devenir un vieux schnock – clairement, il y a le potentiel, donc vigilance !

Merci également à tous mes amis Conseillers du Commerce extérieur qui travaillent sans relâche à mes côtés, et sans qui rien ne serait possible.

I also want to extend a special greeting to my English friends and colleagues.

I am very pleased that Gavin TYLER my managing partner is here tonight, as well as Clare HYLAND, my senior partner.

Gavin countersigned my application to become a British citizen 10 years ago.  I want to take this opportunity to thank you Gavin.

Quant à Olivia, mon assistante, elle sait lire dans mes pensées et elle assure toujours mes arrières. Merci Olivia.

Merci très chaleureusement à vous tous de votre présence ce soir, cela compte beaucoup.

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Ma première réaction en apprenant cette distinction est une grande humilité. Je songe à tous ceux avec qui je partage cet honneur, et qui doivent ce mérite au prix de leur sang. Deux exemples en particulier :

  • les vétérans britanniques de la deuxième guerre mondiale que le gouvernement français décore systématiquement depuis plusieurs années ; initiative remarquable qui, au-delà de rendre un hommage mérité à ces vétérans, a un effet extraordinaire sur le décoré, sa famille et son entourage – M. l’Ambassadeur témoignera de l’effet que cela produit quand il accroche cette magnifique décoration sur la poitrine d’un vétéran ; quelle belle leçon de fraternité entre deux peuples – et nous en avons bien besoin !
  • je pense aussi avec émotion à ce grand-père qui a combattu dans DEUX guerres mondiales, qui a été décoré lui aussi, et qui a payé le prix ultime en 1944 pour ses convictions.

On se sent donc très modeste.

Le deuxième sentiment est la fierté. Pratiquer des activités bénévoles pendant trois décennies n’est pas motivé par une éventuelle récompense bien sûr, et la validation n’est pas nécessaire pour s’y adonner, mais lorsqu’une telle reconnaissance arrive, c’est toujours une grande fierté, une grande émotion.

Je veux aussi profiter de cette occasion pour évoquer la belle profession d’Avocat, ma profession.

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Ce n’est pas pour ces activités que je suis distingué aujourd’hui – je serais gêné d’être décoré pour un métier qui me rémunère. Je suis donc d’autant plus à l’aise pour parler de l’avocature sans fausse modestie.

Le mot avocat vient du latin Ad vocatus, c’est-à-dire « appelé pour » : l’avocat est celui que vous appelez pour parler en votre faveur. A sa base est le secours de l’autre quand il a besoin d’assistance.

L’avocat jure un serment au moment de rejoindre cette belle profession :

« Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité »

C’est quand même beau, non ?

Même si bien sûr, au quotidien, la réalité est parfois un peu différente, je conseille vivement à tout avocat de garder ce serment à portée de main, il est salutaire de se le remettre en mémoire de temps en temps.

Ces femmes et ces hommes de loi, ces avocats sont souvent le sujet de quolibets, proférés par des gens partagés semble-t-il entre la crainte et la répugnance – « fear and loathing », ça sonne pas mal en anglais n’est-ce pas ?

Crainte peut-être parce que l’avocat est le confident de tous les secrets ; il est ce prêtre civil qui entend le pire de l’espèce humaine au confessionnal de son cabinet.

Il inspire parfois la répugnance car il est le défenseur du tueur d’enfant.

Mais l’avocat est aussi celui qui accompagne, conseil, rassure. C’est un entrepreneur, avec des clients, des salariés, des factures, des échéances, des risques. Les cabinets se créent, les cabinets disparaissent – rien de bien différent d’une entreprise.

L’avocat est aussi engagé dans les causes vitales pour l’avenir d’un pays – Dominic GRIEVE, qui me fait l’amitié d’être ici ce soir, en est un exemple, tant son combat pour les valeurs démocratiques qui nous sont chères est essentiel.

Les blagues anti-avocats, ces lawyers’ jokes, représentent la facilité de piques souvent répétées, un art facile de mettre l’audience de son côté, et qui sont la marque d’une certaine paresse intellectuelle.

Hors cette belle profession compte dans ses rangs des femmes et des hommes qui ont marqué l’histoire comme peu d’autres. Ils ont changé l’histoire. Ils ont en commun d’être des femmes et des hommes de loi, juristes, avocats et magistrats.

Dans ce panthéon personnel, je ferais figurer :

  • Robert BADINTER
  • CICERON
  • Mohandas GHANDI, barrister anglais
  • Muhammad ALI JINNAH, le fondateur du Pakistan
  • Lee Kuan YEW, père-fondateur de Singapour
  • Abraham LINCOLN (voyez ou revoyez le film remarquable de Steven Spielberg avec Daniel Day-Lewis qui campe un Lincoln exceptionnel)
  • Nelson MANDELA
  • Pierre MENDES-FRANCE
  • Maximilien ROBESPIERRE – pour le meilleur et pour le pire !
  • TRONCHET ; PREAMENEU ; PORTALIS et MALEVILLE – les quatre rédacteurs du Code Civil, qui a essaimé ses préceptes dans une centaine de pays, l’autre moitié du monde étant gouvernée par la common law qui a ses origines ici
  • Simone VEIL

On se sent tout petit, mais vraiment tout petit – mais quelle fierté aussi ! – d’appartenir à la même profession que Simone VEIL.

Sa mémoire nous oblige.

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Rassurez-vous, les avocats gardent le sens de l’humour, ils sont humains… – si, si, je vous assure !

Et pour que votre transition depuis fear & loathing, jusqu’au respect vis-à-vis des avocats soit progressif, je vais immédiatement démontrer ma propre paresse intellectuelle, avec deux lawyers jokes françaises :

  • La première boutade est attribuée à François MITTERAND (lui-même avocat d’ailleurs…), il aurait dit :

« Pour le droit, j’ai BABINTER. Et DUMAS pour le tordu »

  • Savez-vous qui a dit :

« Il y a deux types d’affaires, les affaires insolubles et celles qui ont vocation à se régler toutes seules. Il reste à l’avocat cette marge de manœuvre : il est toujours possible de compliquer celles qui ont vocation à se régler toutes seules »

Edgar FAURE – il reste en mémoire pour son cheveux sur la langue et l’imitation de Thierry LE LURON, mais Le Président fut bachelier à 15 ans et avocat précoce (notez le paradoxe d’un mineur – époque où la majorité était à 21 ans – qui a la charge de prendre en main le destin des autres sans être tout à fait maître du sien) ; ami de MENDES, il mériterait aussi de figurer au panthéon que j’ai mentionné il y un instant.

Si je ne prétends pas changer à moi seul la vision que notre société a des femmes et hommes de loi, cela ne m’empêchera pas d’essayer, surtout à une époque où la presse britannique qualifie 3 juges d’« ennemis du peuple ».

En conclusion : Mesdames et Messieurs les avocats, portez ce titre fièrement. Pour les autres, un peu moins de fear and loathing, un peu plus d’indulgence s’il vous plaît.

La différence entre l’avocat et les bénévoles qui donnent gratuitement de leur temps et de leur énergie, est qu’il va de soi que pour ces derniers, pour les bénévoles, il n’est nul besoin de dire, puisqu’ils font.

La décoration de la Légion d’honneur est dans cette belle tradition. En la décernant, la France dit « Je sais ce que vous faites, nul besoin de dire ».

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Pour terminer, laissons le dernier mot au Roi Soleil. Dans ses « Mémoires de Louis XIV pour l’instruction du Dauphin », le Roi y énonce un principe qui caractérise bien ce travail sans bruit et sans fureur des bénévoles, quand le savoir-faire prend le pas sur le faire-savoir :

« Toute la réputation des grands hommes n’est pas formée que de grandes actions. Comme les plus humbles sont celles qui sont réalisées le plus souvent, c’est sur elles que nos véritables inclinaisons sont jugées. À démêler les moindres petites affaires, il y a une certaine honnêteté qui, scrupuleusement respectée, n’en est pas moins précieuse que les vertus les plus brillantes ».

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Comme disait le prêcheur, je pourrais écrire des discours plus brefs, mais une fois lancé, je suis trop paresseux pour m’arrêter.

Sans prétendre aux sommets oratoires de Robert BADINTER, j’espère avoir suivi le précepte de CICERON pour un discours réussi: « Docere, delectare, movere » – le discours doit être instructif, plaisant et émouvant.

Monsieur l’Ambassadeur – cher Jean-Pierre (et cher confrère !)  ; Monsieur le Consul Général – cher Guillaume ; Monsieur le Sénateur, cher Olivier ; Monsieur le Ministre – cher Jean-Christophe ; Mesdames et Messieurs les Présidents.

Chère Tanya ; cher Jack ; cher Joe ; cher Sébastien ; cher Etienne.

Mes très chers Amis.

Merci.

Olivier MOREL

Résidence de France

Londres, le lundi 3 juin 2019

Auteur : ochmorel

Né en France ; bilingue à 4 ans grâce à une mère un temps expatriée à Londres et au Texas ; mari et père (3) ; résident au Royaume Uni (+30 ans) ; binational (2 passeports) ; avocat d'affaires français et solicitor anglais ; passionné de rugby (coach et arbitre diplômé), d'histoire militaire, de géopolitique, de musique russe, de cinéma (Stanley Kubrick / David Lean) ; auteur d'articles et d'ouvrages, et intervenant tous médias sur le droit comparé français-anglais et les relations entre nos deux pays - et le Brexit (!) ; avide lecteur de bandes dessinées (Jacques Tardi).